Comment j’ai appris 3 langues à l’âge adulte

Dans cet article, je souhaitais partager avec vous mon parcours d’apprentissage de langues, et des conseils concrets et réalistes à ceux qui voudraient se lancer dans l’apprentissage d’une ou plusieurs langues à l’âge adulte.

À l’heure actuelle je parle 4 langues à un niveau conversationnel : le français (ma langue maternelle), l’anglais, le russe et l’italien.

Je trouve qu’un défaut de beaucoup des méthodes d’apprentissage de langue est qu’elles décrivent un parcours d’apprentissage linéaire et régulier. Or, en réalité, malgré l’expérience que j’ai acquise au fur et à mesure des années sur ce sujet, je n’ai jamais été capable de suivre une unique méthode de façon régulière sur la durée, et je pense que c’est le cas pour la plupart des gens. Je voulais donc montrer à quoi peut ressembler un parcours réaliste pour quelqu’un qui veut apprendre en vivant dans la vraie vie.

En bref, les 9 leçons de ce parcours :

1. Pour devenir bon en quelque chose, il faut pratiquer ce quelque chose.
2. Un objectif précis canalise vos efforts.
3. La maîtrise vient quand on lâche prise sur le processus.
4. Pour apprendre seul, la motivation ne suffit pas : ne vous laissez pas le choix.
5. Prenez des cours particuliers avec un prof.
6. Faites des flashcards pour réviser.
7. Votre système vous maintient quand la motivation baisse ; profitez des pics de motivation pour accélérer.
8. Fixez-vous des objectifs réalistes et utiles pour vous.
9. On cesse d’apprendre dès qu’on cesse de vouloir apprendre.

L’anglais, ou ma première rencontre avec les langues

L’anglais est la première langue étrangère que j’ai apprise à l’école. Je me débrouillais plutôt bien pour ce qui était des exercices scolaires (grammaire, conjugaison), mais les Français qui me lisent savent qu’on n’apprend pas vraiment sérieusement l’anglais à l’école française : malgré tout, jusqu’à la fin du lycée, je n’ai jamais dépassé un certain plafond de verre en anglais.

La première fois que j’ai vraiment progressé en langues est arrivée un peu plus tard, après le lycée, en étudiant en classe préparatoire, qui consiste en deux ans de préparation intensive aux concours d’écoles d’ingénieur.

Il se trouve que ces classes nous entraînaient également en anglais. Nous avions des exercices oraux d’anglais à préparer une fois toutes les deux semaines, dont le but était de commenter pendant 20 minutes à l’oral un texte en exprimant un avis structuré.

Je dois dire qu’au début, je détestais ces exercices. J’ai le souvenir d’un des oraux où j’ai été incapable de sortir le moindre mot et où l’examinatrice m’a donné la note de 4/20 – en étant gentille. C’était presque un enfer pour moi au début, néanmoins avec le temps, j’ai fini par progresser et acquérir des automatismes. Ça, et le fait de regarder des séries américaines durant ces années, sont les premières fois où j’ai eu l’impression de vraiment progresser dans une langue.

Ce qui m’amène à la leçon numéro 1 :

Leçon 1 : Pour devenir bon en quelque chose, il faut pratiquer ce quelque chose.

Cela semble être une évidence, mais je peux vous assurer que ça ne l’est pas. Combien de gens pensent progresser dans une langue simplement avec des exercices sur Duolingo ? Pour devenir bon dans le fait de parler en conditions réelles, vous devez… vous entraîner à parler en conditions réelles.

Ensuite je voudrais vous parler de la deuxième grande avancée que j’ai eue en anglais : le passage d’une certification d’anglais (l’IELTS) en école d’ingénieur. Je m’étais déjà amélioré en anglais en prépa, mais pour terminer mon parcours universitaire je devais justifier d’un niveau C1 en anglais minimum.
J’ai donc dû travailler sur des exercices précis sur les 4 domaines définis de l’examen : compréhension écrite, production écrite, compréhension orale, production orale.
Au final j’ai réussi cet examen.

Ce qui m’amène à la leçon numéro 2 :

Leçon 2 : Un objectif précis aide à canaliser vos efforts dans une direction précise.

C’est un conseil qui s’applique en particulier aux apprenants qui maîtrisent déjà les bases d’une langue. Passé un certain niveau, il peut devenir difficile de savoir sur quoi travailler exactement, et c’est pourquoi se mettre au défi avec un tel objectif peut aider grandement. C’est d’ailleurs ce que je fais en ce moment avec l’italien.

Ce diplôme d’anglais m’a permis d’aller ensuite en Erasmus, j’ai pu passer 6 mois en Suède. Mais j’ai été surpris de constater là-bas que malgré mon niveau prétendument “courant” (C1 est l’avant-dernier niveau testé !), j’avais encore des difficultés à suivre les natifs et de très bons étudiants. Cependant, au bout d’un certain temps, et surtout en arrêtant de me juger en permanence, le naturel a fini par arriver, et j’ai fini par considérer mon niveau d’anglais comme suffisant.

Leçon 3 : La maîtrise s’atteint lorsqu’on finit par lâcher prise sur le processus lui-même.

Ceci est d’ailleurs vrai quel que soit ce que vous apprenez : la maîtrise passe par une phase d’effort conscient, mais celle-ci doit progressivement laisser place à des automatismes.

C’est comme ça que s’est déroulé mon premier contact avec l’apprentissage des langues, forcé au début, puis avec le temps j’ai fini par assimiler ces grands principes.

Le russe et les défis de l’apprentissage en autodidacte

Il y a 4 ans, j’ai décidé de me lancer un autre défi : celui d’apprendre le russe.

Au début j’ai démarré un peu en dilettante, en apprenant l’alphabet en autodidacte et quelques mots à l’arrache. Mais après mes premiers contacts avec la langue, j’ai vite compris que le défi serait tout autre que l’anglais : d’abord parce que la langue elle-même est plus difficile, et ensuite parce que cette fois je serais livré à moi-même sans cours et sans examens.

J’ai alors décidé de mettre en place deux choses :

1. Trouver un tuteur pour des cours particuliers 2 fois par semaine.
2. Établir une micro-routine de pratique quotidienne.

Leçon 4 : Pour apprendre seul, la motivation ne suffit pas. Il faut ne pas se laisser le choix.

Pour ne pas se laisser le choix de respecter ses engagements, mon expérience m’a montré qu’il n’y avait que quelques méthodes qui fonctionnent sur le long terme :

• s’engager sur une habitude si petite qu’il est facile de la réaliser tous les jours
• ou s’engager en tapant où ça fait mal : le portefeuille ou votre ego

Le reste ne fonctionne qu’au mieux temporairement.

Leçon 5 : Prenez des cours particuliers avec un prof.

Je voudrais insister sur ce point car je vois trop de monde espérer des résultats avancés avec Duolingo ou je ne sais quelle app d’IA.
Ces apps sont utiles mais insuffisantes, et un tuteur vous donnera trois choses que les applis ne donnent pas, et qui sont incontournables pour réussir en langues : un parcours structuré et personnalisé, la pratique de l’oral, et du feedback continu.

Aujourd’hui de nombreuses options peu chères existent : Preply, cours en petits groupes pour amortir l’addition… il n’y a plus d’excuse. Je pense sincèrement que quelqu’un qui n’est pas prêt à dédier 2 heures et 30 euros par semaine sur une langue n’est pas sérieux dans sa démarche. Alors s’il vous plait, trouvez-vous un prof !

Outre ces cours, je me suis également engagé à pratiquer le russe tous les jours, ne serait-ce que quelques minutes par jour. Pour cela j’ai utilisé des applis qui utilisent le principe des séries de jours (“streaks”) que Duolingo a popularisé, une manière simple de gamifier l’apprentissage.

Au début, je passais mes cinq minutes par jour sur Duolingo, mais très vite j’ai ajouté une autre habitude : une application de cartes mémoires (flashcards).

Leçon 6 : Faites des flashcards pour réviser.

Les applications de flashcards populaires telles que Anki, Mosalingua, Quizlet utilisent un système dit de “répétition espacée” qui vous aidera à apprendre vocabulaire, expressions, conjugaison, de façon optimisée, pour que vous ne perdiez pas de temps avec ce que vous connaissez déjà et que vous révisiez plus souvent ce avec quoi vous avez du mal.

La répétition espacée est une brique indispensable pour moi, et je pense que je n’aurais jamais réussi à apprendre autant de mots sans ce système (surtout en russe où j’avais l’impression de ne jamais rien retenir naturellement).

L’intérêt de ce système est qu’il sous-traite le problème du “trou de mémoire” : la question de savoir quand réviser tel mot n’est plus votre affaire : vous faites une session par jour, et c’est tout.

Ainsi, armé de mes deux résolutions, j’ai commencé à apprendre sérieusement le russe. Les premiers temps ont été un succès, j’apprenais avec intérêt, et j’avais l’impression de vite progresser.

C’est alors qu’au bout d’environ 2 ans, j’ai commencé à ressentir un ralentissement. Bizarrement, j’ai eu l’impression d’apprendre beaucoup plus lentement, que mes efforts ne payaient plus aussi vite qu’avant, et ma motivation a commencé à baisser car je constatais que j’étais encore loin d’avoir un niveau courant, malgré tous mes efforts.

Ce phénomène que je viens de décrire et que tous les étudiants de langue connaissent est celui du plateau d’apprentissage.

Plus une langue est éloignée de la vôtre, plus le plateau sera long. Je ne pensais pas que mon plateau durerait aussi longtemps (pourtant j’ai à peine l’impression d’en sortir après 4 ans d’études!).

Mais ce qu’il est important de se rappeler, c’est que le plateau d’apprentissage est une illusion. Même si vous avez l’impression de progresser beaucoup plus lentement qu’avant, en réalité, vous progressez.

Quand j’étais débutant, le moindre nouveau mot me permettait de m’exprimer d’une façon différente; alors qu’un nouveau mot appris à un niveau supérieur est 1. beaucoup moins souvent utilisé et 2. une goutte d’eau dans votre océan de vocabulaire déjà large.

Pourtant c’est dans les deux cas un mot de plus.

C’est pourquoi le système que j’avais mis en place au début de mes études m’a permis de tenir bon. Si je n’avais pas eu ma tutrice deux fois par semaine, et ma série Anki à maintenir, j’aurais sans doute abandonné bien plus vite.

Ce qui m’amène à la leçon suivante :

Leçon 7 : Utilisez votre système pour maintenir votre routine au minimum quand vous n’êtes pas motivé; et utilisez vos moments de forte motivation pour donner un coup de boost à votre apprentissage.

Il est naturel que, dans une longue période de “plateau”, la motivation fluctue de semaine en semaine.

Mettre en place un système comme je l’ai expliqué plus haut vous aide à rester à flot même quand vous n’êtes pas motivé.

Toutefois, lorsque vous vous sentez inspiré à apprendre, c’est le moment d’en profiter ! Personnellement, lors de cette longue période, je me suis lancé différents défis quand j’en avais la volonté : m’enregistrer en russe tous les jours pendant 1 mois, regarder une série ou lire un petit livre, faire du shadowing… j’ai même créé des sites web pour pratiquer d’une façon différente.

L’important est de faire des activités qui vous amusent et vous stimulent : la contrainte est déjà là grâce à votre système; le reste doit vous servir à entretenir la flamme.

Aujourd’hui, je suis plutôt fier du niveau que j’ai atteint en russe. Je suis sans doute proche du niveau B2, et capable de discuter de tous les sujets, tant que mon interlocuteur parle à une vitesse raisonnable et sans argot. Je sais que j’ai encore beaucoup à apprendre, et je veux y revenir bientôt; mais actuellement mon énergie est ailleurs, à l’apprentissage de l’italien.

La confirmation de l’italien

J’ai su quelques mois avant de déménager à Rome, il y a un an, que j’allais devoir apprendre l’italien.

Alors, fort de mon expérience passée dans l’apprentissage des langues, et aussi sachant que l’italien était censé être beaucoup plus facile pour moi par rapport au russe, je me suis lancé dans ce projet en mettant en place tout ce que j’ai appris.

• avant d’arriver en Italie, j’ai passé quelques mois à apprendre la conjugaison de base et les mots les plus importants grâce à une application de répétition espacée (Mosalingua).
• puis, à mon arrivée en Italie, j’ai démarré des cours, à la fois en groupe, et avec un tuteur particulier, tout en continuant la répétition espacée
• j’ai alterné les périodes d’étude intense quand j’étais motivé, et d’apprentissage passif quand j’avais moins de temps ou de motivation

Et actuellement, je me prépare à passer une certification officielle à un niveau C1, après seulement un peu plus d’un an d’apprentissage.

J’ai malgré tout rencontré quelques difficultés : notamment, la variété des dialectes et des accents italiens (j’ai toujours du mal à comprendre ce qui se dit à mon café du coin, alors que je me prépare à un examen C1 sans trop de problèmes); l’importance de ne pas calquer l’italien sur le français; et enfin, j’ai dû faire un choix difficile pour le perfectionniste que je suis, en acceptant de mettre temporairement le russe au ralenti, le temps de terminer ce projet.

Conclusion : on n’arrête jamais d’apprendre une langue

Voici donc ma situation actuelle en ce qui concerne les langues : j’utilise l’anglais au quotidien, je prépare un diplôme d’italien niveau C1, et j’ai hâte de reprendre sérieusement le russe pour pouvoir l’amener lui aussi à un solide niveau B2 voire C1 à la fin.

Aujourd’hui mon défi est d’arriver non seulement à garder un haut niveau dans toutes ces langues, mais aussi à trouver une manière de les utiliser au quotidien sans y passer trop de temps consciemment, en intégrant cela dans ma vie quotidienne.

Pour finir, je voudrais partager deux remarques plus générales sur l’apprentissage.

La première, c’est qu’il faut se fixer des objectifs d’apprentissage réalistes. Par exemple, il est tout à fait normal de parler avec un petit accent, de ne pas connaitre tous les mots et de ne pas comprendre tous vos interlocuteurs.

Je vais vous faire une confidence : j’ai toujours souvent les sous-titres activés lorsque je regarde des films en anglais, car je ne maîtrise pas tous les “slang”, les accents et les tournures. Et c’est OK, parce que je n’ai pas besoin de plus que ça. Le jour où j’en aurai besoin, je travaillerai dessus en regardant The Wire sans sous-titres, mais cela n’a pas de sens de me fixer des objectifs qui n’ont aucune utilité pour moi.

Leçon 8 : fixez-vous des objectifs réalistes et utiles pour vous.

La deuxième chose, c’est qu’on cesse d’apprendre dès qu’on cesse de vouloir apprendre. En réalité, même dans notre langue maternelle, nous pourrions faire des efforts quotidiens en apprenant de nouveaux mots, des nouvelles tournures et améliorer notre niveau de langues, pourtant très peu le font au quotidien. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose : comme je le disais avant, il ne sert à rien de se mettre la pression sur des objectifs irréalistes et inutiles pour vous. Mais veillez simplement à ce que le choix d’arrêter d’apprendre soit conscient, et à ne pas simplement vous laisser aller.

Leçon 9 : on cesse d’apprendre dès qu’on cesse de vouloir apprendre.

J’espère que mon histoire vous inspirera dans votre parcours !